L’EGLISE ET LES FORAINS
LE PERE HAGUENIN, PREMIER AUMÔNIER DES FORAINS
Le père Bernard Bellanza, actuel aumônier national des forains a succédé au père Jean-Claude Demotta qui, lui-même, avait succédé à toute une lignée d’aumôniers nationaux dont le premier à se consacrer pleinement aux « Voyageurs » fut le père François Haguenin. Une « figure » de l’église et de la fête dont nous évoquons le souvenir et le sacerdoce.
En Juillet 1945 disparaissait le premier aumônier des forains. Et, dans L’Inter Forain de septembre 1950, Kiki Bourdier (fils de Charles Bouvier), né en 1881 à Pontoise, rendait hommage au père François Haguenin, décédé cinq ans plus tôt à Angers. Racontant sa première rencontre avec lui, il disait : « sa silhouette était étrange : maigre, cheveux blonds filasse sous un béret basque, soutane rapiécée couverte d’une longue pélerine, musette au côté, serviette sous le bras, le père Haguenin avait des yeux extraordinaires où se lisait la bonté, la volonté, la compréhension et l’amour de la corporation foraine… ».
Aumônier et ami des forains
Le père Haguenin avait deux titres : aumônier certes, mais aussi ami des forains, et il était vraiment l’un et l’autre, comme le sont aujourd’hui Bernard, Jean Claude, Gérard, Jean… aumôniers de la fête !
Dix ans durant, il parcourut les foires et fêtes de France et de Navarre. Il ne séjournait guère que quelques heures dans chacune des villes où il passait. Sa longue pèlerine, sa démarche fatiguée, son sourire sur un visage austère étaient célèbres sur les champs de foire où il connaissait toutes les familles de Voyageurs.
Né le 12 janvier 1900 à Toul, il était entré au noviciat des jésuites en 1919 et fut ordonné prêtre en 1932.
A Angers, où ses supérieurs l’avait chargé d’un centre d’enseignement par correspondance, il trouva sa voie à l’occasion du catéchisme qu’il enseignait aux enfants de forains.
On pouvait alors lire dans ses lettres : « les forains sont un curieux peuple à connaître ».
Pourquoi l’aumônerie fut-elle alors basée à Angers ? Tout simplement parce que dans cette ville du Maine-et-Loire, les forains venaient régulièrement faire réparer leurs manèges, et plus particulièrement leurs sujets de « chevaux de bois », par des spécialistes qui avaient pignon sur rue. Presque tous les forains y passaient au moins une fois dans l’année…
Après la guerre, en décembre 1944, suite à une dizaine d’années d’incessants va et vient sur les champs de foire, le père Haguenin qui, entre temps, avec Mlle Prentout, avait créé et fait vivre un petit journal dactylographié, « L’Etoile Filante », sorte de lien entre l’aumônerie et les forains en tournée un peu partout en France, sent ses forces décliner.
L’hommage des forains
La presse foraine titra alors : « Nous avons perdu un ami », « Un ami nous a quitté ». « L’Etoile Filante », bordée de noir, rassembla tous les détails de ses derniers jours et publia alors les souvenirs de chacun…
La douleur des forains, croyants ou non, fut immense. Tous lui portaient un grand respect. Ils obtinrent de l’enterrer dans le tombeau qu’ils lui avaient offert, et Charles Bourdier et Paul Pérès, au nom des forains de France, prirent la parole au cimetière pour adresser un dernier adieu à celui dont le tombeau porte cette épitaphe gravée sur la pierre : « A notre prêtre et grand ami qui s’est fait l’un d’entre nous pour mieux nous comprendre et nous aimer ».